La transparence des voiles


Aligre FM


Janvier 2019

Entretien avec Philippe Vannini dans les Jeudis Littéraires.


Sitaudis


Février 2019

Gloria Hasch fabrique des poupées de collection, destinées à des adultes. À l'occasion d'une rencontre avec un mystérieux collectionneur se tisse une relation amoureuse inédite. En particulier, la vision d'une œuvre de l'artiste Pierre Molinier chez le collectionneur ouvre le cœur de Gloria à un champ de pulsions érotiques insoupçonnées. Auparavant accablée de pulsions morbides, elle est traversée par des forces nouvelles auxquelles elle laisse libre cours. Se construit peu à peu une image de son désir, élaborée à partir de cette rencontre avec celui qui sera nommé plus tard "Lord". On peut dire qu'il y a chez Gloria un , c'est le processus par lequel elle décide de devenir le jouet de son amant. Il y a également chez les deux amants la volonté de n'être « personne ». Être personne, c'est se livrer entièrement à la relation sans se préoccuper des conventions, s'affranchir de toute étiquette sociale, finalement rendre au sujet sa complétude.
La rencontre est inaugurale autant que définitive, elle explore les limites d'un rapport fait de domination et de complicité où la puissance du féminin s'offre de façon apparemment paradoxale. Que de la soumission à un « lord », un seigneur, puisse naître une liberté, est en effet pour le moins inattendu... C'est une véritable conversion, en somme ! Un autre élément paradoxal du roman est semble-t-il, comment si peu d'éléments personnels peuvent occasionner une relation si forte entre les deux protagonistes. Cela va jusqu'à la chambre d'hôtel qui renforce ce côté anonyme en même temps qu'il recadre la relation dans un espace peut-être plus connoté, du type relation extra-conjugale. Peut-être est-ce parce que dans la vie du personnage de Gloria cette relation de "pur sexe", détaché des organes, prend une dimension quasiment métaphysique. L'écriture de Frederika Abbate semble d'ailleurs se conformer à l'expérience de Gloria, on part de détails et de descriptions sans équivoque pour aller vers une forme d'abstraction, une expérience partagée sans aucun épanchement sentimental. Les coordonnées spatio- temporelles du récit sont bien établies, pourtant elles semblent s'effacer devant l'intensité de la relation telle que vécue de l'intérieur et exprimée dans les pensées de Gloria.
Ce récit nous livre les clés d'un discours existentiel sur le désir dans ce qu'il a de subversif par rapport aux normes et aux codes sociaux. La poupée, cet artifice "ni vivant ni mort", doublure toute roussellienne d'un être en devenir, mène finalement à une création de soi.

Stéphane Rengeval


Apolline Francoeur


L’Express


Avril 2000

"Il respirait très fort, ne contrôlant plus son souffle. Maeva savait, dans une pensée douloureuse, que la respiration s'était déjà coupée du cerveau de Benjamin, qu'elle se séparait de lui inexorablement. Elle regarda sans le voir l'appareillage qui se branchait sur ses orifices." Doctoresse, Maeva pratique une très particulière imposition des mains accouplée à des thérapies délicieusement collectives. Mais quelle est cette présence meurtrière qui surprend méticuleusement les proches de Maeva? Apolline, une patiente, se met en chasse , dans ce roman érotique.

M.E.B.


Virginité


Le Cercle de Minuit


6 février 1996

Invitée de l'émission ayant pour thème : "Le Retour d'Eros" avec Jean-Jacques Pauvert, Mathias Pauvert  et Annie Le Brun.


Ecrivains


Avril-Mai 1996

Trois livres. Le Majordome publié en 1991. L'Infante, 1992. Virginité, 1996. Les deux premiers chez Belfond, le troisième à l'enseigne bienvenue de Sortilèges. Des origines italiennes, passées par Nice, des études de lettres, puis Paris et l'écriture qui efface toute biographie. Frederika Abbate est un écrivain rare, totalement engagé dans la fondation d'une oeuvre, acharné à aiguiser des phrases précises, de livre en livre insistant sur une même histoire de sexe, comme redisant (non sans écarts) un même conte érotique. Le pornographe, d'abord, en a pour son compte, dans les situations qui illustrent un bel éventail de fantasmes et dans le langage qui ne se paye pas de circonlocutions pour nommer un chat un chat. Parler ici de pornographie n'est certes pas un reproche, quoique étymologiquement le mot évoque la prostitution; l'obscénité, qui en est le sens dérivé, est bien le ressort d'une oeuvre qui "blesse délibérément la pudeur" (Petit Robert), d'une fabuleuse trilogie de la copulation. Cela ne serait pas grand chose si ce n'était que complaisance salace (et je ne suis pas sûr qu'ici la lecture émoustille). Il y a belle lurette que la transgression est édulcorée. L'important c'est que l'audace de ce qui est dit prend la forme d'un texte remarquablement maîtrisé, dense, dans lequel s'impose une écriture incisive. La littérature érotique est, le plus souvent, crue dans la faiblesse littéraire ou bien sophistiquée dans les atours baroques. Quant elle n'est pas métaphysique ou théologique, comme si le sexe n'allait pas sans Dieu ou sans philosophie. Frederika Abbate prend sa place dans le genre avec une rigueur extrême, une froideur objective, une tension de la langue qui signalent peut-être un autre âge de cette littérature, quand il n'y a plus guère de provocation (ou presque) à faire s'enfiler allègrement par divers orifices, homos ou hétérosexuels, des personnages qui ne semblent avoir aucun autre souci. Bataille, douloureusement, après la mort de Dieu, sacrait l'excès. Mandiargues narrait les délices d'une utopie de la volupté. Klossowski dresse le monument d'une formidable perversion papiste. Abbate, elle, lève froidement, avec la dignité d'un Gombrowicz, le rideau sur le spectacle de l'amour qui est désir et cruauté, aventure du corps qui n'en finit pas de jouir de lui-même. Et, donc, aventure de l'esprit qui jouit d'être un corps, et de se voir en un corps jouissant. Alice est vierge et mère. Elle engendre Benjamin Benjamin. Le domestique Aimé est l'humble servant d'un rituel amoureux. Le docteur Naussans est acteur et témoin. Blandine est la soeur de Benjamin Benjamin, la fille adoptive d'urbana, la femme de Gabin Mardoll, la mère d'Antonin. Jozef Mauvert est le premier vainqueur du tournoi d'amour. D'autres jeunes gens, d'autres jeunes filles participent au grand jeu du sexe toujours recommencé, qui est notre seule éternité, du moins jusqu'à ce que mort s'ensuive. Mais ne racontons pas. Disons que Frederika Abbate jubile, et nous avec. Elle aura bientôt ses fans, pour qui ces trois ouvrages (et d'autres?) n'en feront qu'un, le superbe livre-culte du plus pur Eros.

Gilles Plazy


L’Express/Weekend


Février 1996

Elle signe son troisième roman érotique en autant de publications et instaure à son bénéfice, avec le texte, une relation dominante/dominé
Ce livre: le changement dans la continuité?
- Je n'envisage pas la narration romanesque autrement que sous l'angle érotique. Cette optique s'allie parfaitement à l'écriture qui est scalpel pour dénuder la réalité. L'écriture érotique permet une description épurée de l'agir humain pris hors des accessoires et des contingences qui, habituellement, le masquent, l'édulcorent, l'aseptisent et le planifient. Quant au changement, il est dû à la recherche qui se poursuit, qui s'est nourrie.
Une protagoniste se prénomme Violette; vous évoquez les couleurs, les odeurs. Le lecteur visite-t-il votre jardin secret?
- Bien sûr que le lecteur visite mon jardin secret. Ecrire, c'est se dévoiler, faire apparaître ce que soi-même on ne connaissait pas encore de soi. Le roman ne dévoile pas des choses vécues et connues auparavant puisque c'est par lui que les choses sont vécues et portées au jour. Si on ne se dévoilait pas en écrivant, ce ne serait pas la peine d'écrire.

 


La Nouvelle Gazette


Février 1996

Ce roman est un tournoi d'amour: le vainqueur remporte une femme et se devra de l'aimer, en respectant la règle.
Cette règle est contrôlée par l'énigmatique Saute-Ruisseau, qui a été élu par les vaincus. Mais les vaincus le sont-ils vraiment, dans la mesure où is peuvent, à un moment donné, devenir vainqueurs?
Un roman érotique où le sexe est omniprésent, où l'amour se fait sans retenue, sans limite et sans fin. Mais au-delà de cette apparence, un roman animé par un thème secret: le langage.
Le titre du roman n'est pas si paradoxal qu'il paraît: dans l'univers de Frederika Abbate, les personnages vivent sans entraves, sans aucune culpabilité morale, sans la plus fraîche innocence.


La Tribune


Mai 1996

Frederika Abbate signe son troisième roman. Elle démontre une belle maîtrise du langage, une subtile imagination et les respect des caractéristique du genre: rituel, mise en scène, règles contraignantes mais libre choix des partenaires avec pour unique objet la domination érotique. Forte personnalité d'auteur qui entre avec aisance dans un monde clos par sa logique interne morbide. Elégance baroque d'un des grands auteurs érotiques du moment.

Aurore Bonnel


L'Infante


Du jour au lendemain


Janvier 1992

Interview par Alain Veinstein - France Culture


L’instant


Décembre 1992

A 10 ans, Blandine est initiée par son père à tous les plaisirs interdits. Le grand frère y va de sa petite contribution, de même qu'un bon docteur, éminent spécialiste des mouvements vitaux élémentaires. Douze mois plus tard, la fillette ne possède plus une once de naïveté, mais son innocence demeure grande. En même temps, cette enfant déjà revenue de tout accède au trouble métaphysique: "Qu'est-ce que la caresse si ce n'est la recherche éperdue d'un contact intégral jamais atteint? Qu'est-ce qui fait la caresse hormis ce fond même d'inexistence?"
Quiconque lirait ce récit au premier degré ne manquerait pas d'être quelque peu estomaqué par la précision, la cruauté, le caractère hautement amoral des situations. Un roman dans la droite ligne de Sade, avec des concessions très affirmées aux goûts du jour, à ce qu'il est courant d'appeler des déviances pernicieuses. Fidèle à elle-même, c'est-à-dire à l'étalage des vertus du vice qui était déjà le poinçon de son premier livre, l'auteur va plus loin - plus profond, diraient ses personnages- dans le raffinement de la provocation.

M.B.


La Quinzaine littéraire


Novembre 1992

"L'Infante s'écrit et se lit comme le déroulement de la passion, déploiement portant au grand jour le vrai visage de toute passion: L'inceste"...


Le Majordome


L’EXPRESS


Janvier 1992

Frederika Abbate dans un livre étrange et envoûtant (Le Majordome, Belfond), condamne son héros à errer à jamais autour de la virginité de son amante: "La plupart des femmes n'aiment pas les hommes, moi, si, se défend-elle. Les femmes sont généralement trop occupées à s'autocontempler. Moi, je veux que le lecteur tourne autour de la virilité de l'homme, une virilité qui se cherche face à la virginité de l'héroïne. C'est un livre à la gloire du phallus." Frederika ajoute : "Je n'aime pas le pouvoir. J'aime la puissance." C'est l'aveu majeur, émouvant et tragi-comique, de ces romans érotiques au féminin.

Jacqueline Remy


Le Journal de Ben


novembre 90

Frederika Abbate a enfin sorti son livre, Le Majordome chez Belfond. Le Pillouër dit que c'est un chef d'oeuvre. Ce que je lui reproche c'est que ce livre ne me fait pas bander ou plutôt disons qu'à chaque fois qu'un passage pourrait commencer à me faire bander le passage suivant me fait débander. Par contre c'est bien écrit, ça swingue et ça sonne bien aux oreilles. J'aimerais bien qu'on me présente un jour Alice.
Voici un passage qui me plaît:
"Toute nue, Alice marche dans l'appartement en faisant claquer très fort ses talons. Elle se rend surtout dans la cuisine pour éblouir Aimé et Célestine. Comme j'ai honte! Je me demande au nom de quoi je pourrais avoir encore un quelconque crédit auprès de mes domestiques. Ce n'est pas la nudité d'Alice qui est scandaleuse. C'est l'ostentation de ma femme à diriger sa nudité vers eux. Elle est nue à leur intention, pour eux: alors que les domestiques sont les accessoires de nos actions! Sa conduite me désespère. Horrifié, fasciné, je m'immobilise au seuil de la cuisine pour ne rien perdre de ce spectacle."
On devine l'humour de Frederika dans chaque situation on pourrait l'entendre lire ces lignes avec sa petite voix d'enfant sage et acide.
Ceci étant après lecture du livre je me demande qui est Alice est-ce Frederika elle-même? Et qui est Benjamin? est-ce moi? (je ne suis pas impuissant!)


FEMME


Octobre 1991

Des péchés, Le Majordome (Belfond) déshabillé par Frederika Abbate, les affectionne à toutes les sauces.
Cet "Aimé" est prêt à se mettre en quatre ou en soixante-neuf pour tout 5 à 7 exigé par ses employeurs. Sa faculté à combler les désirs de ses patrons est une aubaine. Ce maître queue, grand toqué de l'amour, tente d'attiser les pulsions éteintes de l'époux du couple en lui faisant découvrir les charmes de Sodome, tandis que sa femme époussette ceux de Lesbos. Une étrange ambiance, moite, vive et à vif, s'installe. Torride et sulfureux, ce livre bien écrit ne sombre jamais dans la vulgarité. L'amour est juste un cercle vicieux.

Thierry Billard

 


L’instant


Septembre 1991

Pour ses débuts en littérature, Frederika Abbate affiche des ambitions et des convictions dont on sera curieux de suivre l'évolution.

Un couple est le jouet de ses valets, singulièrement du majordome, engagé comme goûteur et dont la très particulière conscience professionnelle va faire un grand ordonnateur des pompes amoureuses. Une manière de huis clos autour du désir, de la virginité perçue comme une fatalité, de la cruauté comme une métaphore du désir.

M.B.


Voici


Août 1992

Frederika Abbate a puisé son exotisme à deux pas de l'Hexagone, à Tunis où elle est née. Mais elle a grandi à Nice, puis à sagement fait Lettres en faculté, avant de broder ce délicieux ouvrage de dame à la gloire du phallus; Le Majordome, éditions Belfond). Et pour un coup d'essai (c'est son tout premier roman) c'est un coup de maîtresse!

Caroline Babert