Les Anges de l'Histoire


Wukali


Octobre 2020

Les Anges de l’histoire, un roman de science-fiction, l’avenir de notre humanité pesé au trébuchet de notre temps présent

Emile Cougut

Dans les colonnes de  Wukali, il est exceptionnel que la science-fiction soit mentionnée. Une fois n’est pas coutume, et c’est bien dans ce genre littéraire que nous pouvons sans mal ranger le roman de  Frédérika Abbate  :  Les anges de l’histoire.

Point de problème, que l’on apprécie ou pas la science-fiction, force est de reconnaître qu’elle est une sorte de prospective sur le réalisable dans le futur. Parfois, le temps est cruel pour les auteurs, mais d’autres fois, leurs prédictions se réalisent. Quoi qu’il en soit, l’intérêt et la qualité d’un roman de science-fiction tiennent avant tout dans le côté «  réaliste  » de la description du futur. Que ce que nous percevons, vivons, pressentons, soit perçu comme un chemin possible, une graine qui va potentiellement germer dans l’avenir. Et c’est le cas dans ce roman.

C’est l’histoire de Soledad (un garçon et non une fille), de son enfance à ce qui peut-être considéré comme son apothéose. Soledad est un artiste, sensible, l’homme d’une passion, d’une sorte de chimère inaccessible, on dirait un romantique. L’art pour lui, passe par l’instrument qu’il découvre lors d’une fugue alors qu’il est adolescent  : l’ordinateur. Toute son œuvre est basée sur la cybernétique, tout est mouvement, évolution. Soledad dans ses œuvres entremêle son talent, le cybernétique et le sexe. Car le sexe est très présent dans sa vie et dans son entourage, d’où des descriptions, des scènes que les personnes prudes trouveront très «  crues  ».

Après un début de vie assez «  bohème  » qui le mène en Asie et en Russie, il revient dans un Paris en décomposition. Il n’y a plus aucune barrière morale, la «  loi de la jungle  » règne. C’est le triomphe de l’argent, d’aucuns diront du veau d’or, la pauvreté est partout, les riches défendent leurs privilèges, parfois durement, voire avec cruauté. La vie n’a plus aucun prix. Vision assez apocalyptique.

Il rencontre un groupe de dissidents vivant dans les arbres dans les ruines du faubourg Saint-Germain. Il se trouve confronté à une sorte de complot mondial de transhumanistes, dont le but est le remplacement progressif des humains (enfin des humains qui n’ont pas les moyens). Comme tout est basé sur l’assouvissement des fantasmes les plus fous, on se retrouve avec un vrai zoo humain, mais pas comme ceux des colonialistes, mais avec des personnes génétiquement modifiées en animaux, ainsi des mi-homme, mi-cochon, ou mi-femme mi-panthère (bien sûr ce zoo n’est qu’un vaste bordel de luxe).

Soledad et son groupe vont lutter pour dénoncer ce complot et mettre un terme à ces agissements.

Frederika Abbate  aborde de grands sujets qui parcourent notre société occidentale moderne  : les manipulations génétiques à partir des cellules souches, le mythe de l’immortalité grâce à la science, la confusion dans l’identité sexuelle, la confusion générationnelle, la puissance de l’argent roi.

À travers, une vraie fiction, elle nous montre les dérives auxquelles nos sociétés peuvent déboucher, si elles renoncent à l’éthique, si l’individualisme triomphe sur l’intérêt général, sur le vivre social, si l’Art avec une majuscule ne devient qu’un produit commercial comme un autre et non la glorification de l’Homme et de son génie.

Emile Cougut - Voir l'article


ALIGRE FM


Octobre 2020

Interview dans Les Jeudis Littéraires de Philippe Vannini

interview à la rardio aligre fm

ALIGRE FM


Un dernier livre avant la fin du monde


Octobre 2020

Les anges de l’histoire – Frederika Abbate

Alexandre

Foisonnant et hypnotique,  Les anges de l’histoire  est un roman qui soulève tout un tas de questions fascinantes relatives à l’avenir de l’Humanité, le trans-humanisme, les expériences folles de clonage et de transformation de l’ADN. Mais pas seulement, car à cela s’ajoute une dimension sociale puisque  Frédérika Abbate  imagine un monde où les riches sont devenus si riche qu’ils asservissent purement et simplement les plus pauvres, au point de leur agiter de la nourriture sous le nez pour le plaisir de les voir s’écharper, exacerbant le rapport de domination de classe. Le futur qu’imagine l’autrice est proprement glaçant.

Ce monde à feu et à sang (au sens propre) qui nous attend prend sa source dans la passivité de l’Homme et dans son caractère interchangeable. C’est le constat que dresse Soledad, le personnage principal au visage de Cro-Magnon (comme un miroir de l’Homme Premier, peu importe l’époque dans lequel celui-ci évolue), que l’on suit depuis l’enfance, et avec qui nous traversons tout le roman, à mesure qu’il grandit, murit, devient adulte et prend une part considérable dans la lutte qu’il faudra mener pour ne pas que ce monde sombre complètement.

Soledad développe une théorie intéressante sur ce qu’il appelle «  la conspiration des endormis  » qu’il résume en ces termes  :

« Faire partie de la conspiration des endormis, c’est être comme tout le monde, s’aligner sur le même modèle et donc, ne pas être soi. Ne pas être soi, c’est ne pas être. Donc ces gens ne sont pas en vie. C’est pour cela qu’ils sont plus aisément contrôlables. »

On peut alors agiter n’importe quelle distraction devant ces hommes pour les voir vous manger dans la main. Et agiter n’importe quelle promesse pour les asservir.

Mais revenons à Soledad, la colonne vertébrale du roman. Jeune homme perdu, il fait l’expérience des drogues dures au début du roman, lorsqu’il débarque dans un Paris qui ressemble à ce moment là du récit au Paris que nous connaissons. Soledad s’approche alors le plus possible de la mort pour renaitre en homme neuf, à la recherche d’une réponse à la question qui le hante : pourquoi est-il venu au monde ? C’est dans l’art et la création qu’il trouvera la réponse, au gré des voyages qui rythment les deux premières parties du roman, et qui le mèneront en Thaïlande et en Russie, avant un retour à Paris devenu méconnaissable.

Chaque pays traversé apporte quelque chose dans la construction de Soledad (humaine et artistique), comme cette séance chamanique hallucinatoire en Thaïlande (une scène merveilleusement écrite) ou l’apprentissage des sombres histoires russes, notamment le destin de la ville engloutie de Mologa qui donnera à Soledad l’idée d’une nouvelle sculpture. Et, en miroir à cette ville russe disparue sous les eaux, le récit nous mène jusqu’à la Canopée parisienne, ces hauteurs où se retrouvent les Unders (comme preuve que le monde est devenu sens dessus dessous), un groupe de cyber-activistes occupés à empêcher le monde de sombrer, alors que la course folle vers l’extinction de l’Homme semble toucher à sa fin.

Et, pour traverser ce roman intense, des fulgurances et des pensées pertinentes sur l’art (son utilité – ou non), la science (et ses folles dérives) et l’état de ce monde.

« Tout va mal. C’est peut-être la fin. L’équilibre du Bien et du Mal est rompu. La spiritualité n’existe plus. Les gens se battent dans des compétitions sans merci. Ils se haïssent. Les riches sont de plus en plus riches, les pauvres de plus en plus pauvres. Et ceux du milieu ne savent plus qui ils sont. De toute façon, plus personne n’est qui que ce soit. Tout n’est qu’apparence, faux-semblant. »

Que reste-t-il alors, comme espoir, dans ce monde si noir  ? Dans ce monde où l’on cherche la jeunesse éternelle, dans une volonté presque vampirique de ne jamais mourir. Que signifie être en vie quand on peut tout s’offrir, y compris l’assurance que la mort ne viendra jamais nous déranger  ? Ou, à l’inverse, que signifie vivre quand on a plus rien, et qu’on aura plus jamais rien  ? Le chaos se trouve dans l’affrontement entre ces deux désirs que l’on pourrait résumer ainsi  : l’ennui de la mort.

Il faut noter, tout au long du roman, l’importance du corps.  Frédérika Abbate  le magnifie à travers une sexualité débridée (certains passages du roman sont d’un érotisme enthousiasmant), tout autant qu’elle transforme ce corps humain pour le pousser jusqu’aux confins de l’animalité. La dernière partie du livre met en scène toute une galerie de monstres humains, ainsi que des mutants homme-animaux. Le corps-matière pour l’œuvre de Soledad, le corps-régénéré pour les illuminés de la jeunesse éternelle, le corps-supplicié pour ceux qui errent en haillons, le corps-absent pour les Ombres qui naviguent entre la Vie et la Mort.

«  Les Grecs pensaient que les morts n’avaient plus de visage. Ils erraient dans l’Hadès, sous la terre, n’étaient que des ombres. Des ombres encapuchonnées de nuit. Je ne sais pas vous. Mais moi, cette expression me fait rêver.  »

De la Canopée à l’Hadès, et retour. Ce fascinant va et vient qui porte tout le roman.

Alexandre

Illustrations de couverture de Nicolas Le Bault

PS : A noter la sublime illustration de couverture, signée Nicolas Le Bault, qui participe grandement au mystère et à la beauté de ce roman inclassable. Nicolas Le Bault est un artiste à découvrir absolument !

Alexandre - Voir l'article


France Net Infos


Septembre 2020

Les anges de l’histoire, le dernier roman de Frederika Abbate

Dominique Iwan

Le  code massacre la nature.

L’universalité neutralise le monde.

L’humanité disparait …

Incroyable roman d’anticipation, épique et prémonitoire nous livrant le meilleur du pire ou le pire du meilleur, écrit par Frederika Abbate et qui nous est proposé par les Nouvelles Editions Place.

L’auteur née en 1960 à Tunis a publié 5 romans, écrit de nombreux récits et participé  à plusieurs ouvrages collectifs. Son dernier livre paraitra le 1er octobre.

Elle nous entraine dans une quête initiatique atrocement inquiétante mais que j’ai fait mienne avec délectation. …

… Me laissant guider par l’auteur dans les méandres d’un nouveau monde laissé aux mains de transhumanistes dégénérés, s’abandonnant à des rituels barbares et autres manipulations génétiques, j’avance dans la foulée de Soledad artiste magique, cybernéticien de génie et passionnément épris de sexe depuis ses 15 ans.

Après une première partie consacrée à son initiation qui le mènera vers la Thailande chamanique et lui permettra de  parfaire son art, Soledad rejoindra la communauté de la Canopée et m’entrainera avec lui vers la cime des grands arbres dans le quartier de Saint Germain des Prés …

… après une visite, entre autres, au musée de l’Ermitage à Saint-Petersbourg et sa rencontre avec l’oeuvre de K. Malevitch, “il aimait l’exaltation gracieuse de l’artiste russe, son radicalisme sans fard, sa spiritualité pragmatique qui prenait racine dans l’art”.

Il entre en résistance aux côtés d’improbables personnages incroyablement doués, flamboyants d’utopie, prêts à tout pour contrer l’ignoble complot planétaire visant la disparition de l’espèce humaine, notre héros va créer furieusement, aimer prodigieusement, et décrypter frénétiquement les messages assenés par Télomervie : “Telos du Grec ancien : fin …

… s’agirait il de la fin de la vie, d’euthanasie ? la lutte sera sans merci pour épargner ce qui fait notre identité, notre singularité.

Travaillant sur des croquis de DemeterSoledad pénètre le royaume d’Hades … “Les Grecs pensaient que les morts n’avaient plus de visage. Ils erraient dans l’Hades, sous la  terre, n’étaient que des ombres (…)”, au moment où son atelier s’effondre, le monde qui l’entoure se dissout en proie à un capitalisme effrené où toutes les barrières morales sautent …

Au paroxysme de son art et de ses dons en informatique, Soledad tentera l’impossible guidé par “l’utopie d’un universel riche de tous les singuliers”.

Ce roman ne ressemble à aucun autre, atrocement magnifique, son écriture lyrique, parfois surréaliste nous attire dans le Quartier des Plaisirs, à la rencontre de divines putains nommées Eau de Pluie ou Étang Crasseux, Grenouille Rose, Myrtille et Lotus Blanc … en passant par le Musée des Rêves … et nous pousse malgré nous à pénétrer sous le chapiteau de l’Apocalypse Circus pour découvrir l’indicible.

Philip K. Dick, Kasimir Malevitch, et aussi l’élégant et incontournable Musée Solomon R. Guggenheim de New York sont autant de repères émotionnels qui me relient à l’auteur … et comment ne pas évoquer le film fantastique “L’Imaginarium du Docteur Parnassus” de Terry Gilliam auquel ce roman me fait parfois penser dans ce qu’il peut avoir d’onirique et de déjanté, ce qui est un compliment.

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Le Salon Littéraire


Septembre 2020

Frederika Abbate : un créateur parmi des créatures...

Bertrand du Chambon

Inquiétante étrangeté, aurait peut-être dit Freud en lisant ce roman. Mais l’auteure, Frederika Abbate, n’aimerait pas être lue par Freud : elle ne semble pas apprécier les dogmes ni les idées toutes faites et, pis que tout, elle déteste l’universalité qui neutralise le monde. Face à cette humanité en voie de disparition, face à ce monde qui devant nos yeux se dissout, l’auteure semble trouver une manière de salut ou peut-être un provisoire sauvetage dans l’art, la cybernétique et le sexe.
Ah, le sexe !... Le personnage principal, Soledad, pratique ce sport avec assiduité. Il est vrai qu’il y est souvent convié : Bienvenue à la Maison des Louves du Quartier des Plaisirs[...] Je suis Dov Borochiftz, putain et calligraphe, votre maîtresse de cérémonie. Et voici Annabelle, Eau de Pluie, Thérèse, Hirondelle, Martine, Étang Crasseux, Elena, Lisbeth, Manuela, Grenouille Rose, Myrtille, Lotus Blanc. Vous plaisent-elles ?
Oh, elles lui plaisent certainement, comme d’ailleurs les dizaines de créatures (des deux sexes ou munies de deux sexes) qu’il rencontre durant cette histoire échevelée.
Artiste et chercheur, il crée des œuvres en pleine métamorphose qui, grâce à l’informatique, se transforment au fil de leur élaboration ou du regard du spectateur. ... il passait le plus clair de son temps devant l’ordinateur pour bâtir des schémas, des esquisses, des scripts de programmation... Plus on s’approche du langage machine, mieux il vous retire du temps des humains, exigeant une immersion totale dans sa logique et son temps propre. L’ordinateur procède du temps, son temps intérieur ; il ne pourrait pas fonctionner sans dérouler sa linéarité. Il ne serait rien sans le temps... Et le voici comme un être de plus en plus fréquemment pris, capturé par son œuvre, de même qu’il est captivé par l’érotisme qu’il imagine comme une sorte de liberté supérieure.
Souvent confronté à des mises en scène, des faux-semblants, des théâtres, Soledad ne sait pas où il va. Le lecteur ne le sait pas non plus et doit accepter de se laisser mener dans ces coursives, ces décors, ces mises en scène, bercé par le style somptueux d’une auteure qui ne craint pas de mélanger l’horrible et le magnifique : Ensemble, ils traversèrent des haies de corps blessés. Ils passèrent sous les trajectoires des oreilles, des chairs, des intestins qui volaient. L’enfant contre lui, Soledad bousculait et piétinait n’importe qui, n’importe quoi sur son passage. Les gaz des explosifs lui faisaient pleurer les yeux. Son nom, il ne le savait plus.
La guerre est survenue. Des "Ombres" s’agglutinent. Des hybrides et des créatures à la vulve ornée d’un écrin d’algues bleues naissent. Une manière de pandémonium se répand dans les cités mortes.
Il est vrai que la dernière partie de ce roman, après l’Initiation et la Canopée, est intitulée Hadès. L’enfer est sous nos pieds, sous les pieds en tout cas de Soledad, qui voit son atelier s’effondrer en même temps que le monde, tandis que Dov, belle androgyne, s’apprête à... N’en disons pas plus ! Se terminant par une belle exposition au Guggenheim, le roman paraît cependant affirmer une idée directrice : La vie ne serait pas la vie sans la mort, seules nos œuvres nous survivent, et le monde est monstre.

Bertrand du Chambon - Voir l'article


La transparence des voiles


Aligre FM


Janvier 2019

Entretien avec Philippe Vannini dans les Jeudis Littéraires.


Sitaudis


Février 2019

Gloria Hasch fabrique des poupées de collection, destinées à des adultes. À l'occasion d'une rencontre avec un mystérieux collectionneur se tisse une relation amoureuse inédite. En particulier, la vision d'une œuvre de l'artiste Pierre Molinier chez le collectionneur ouvre le cœur de Gloria à un champ de pulsions érotiques insoupçonnées. Auparavant accablée de pulsions morbides, elle est traversée par des forces nouvelles auxquelles elle laisse libre cours. Se construit peu à peu une image de son désir, élaborée à partir de cette rencontre avec celui qui sera nommé plus tard "Lord". On peut dire qu'il y a chez Gloria un , c'est le processus par lequel elle décide de devenir le jouet de son amant. Il y a également chez les deux amants la volonté de n'être « personne ». Être personne, c'est se livrer entièrement à la relation sans se préoccuper des conventions, s'affranchir de toute étiquette sociale, finalement rendre au sujet sa complétude.
La rencontre est inaugurale autant que définitive, elle explore les limites d'un rapport fait de domination et de complicité où la puissance du féminin s'offre de façon apparemment paradoxale. Que de la soumission à un « lord », un seigneur, puisse naître une liberté, est en effet pour le moins inattendu... C'est une véritable conversion, en somme ! Un autre élément paradoxal du roman est semble-t-il, comment si peu d'éléments personnels peuvent occasionner une relation si forte entre les deux protagonistes. Cela va jusqu'à la chambre d'hôtel qui renforce ce côté anonyme en même temps qu'il recadre la relation dans un espace peut-être plus connoté, du type relation extra-conjugale. Peut-être est-ce parce que dans la vie du personnage de Gloria cette relation de "pur sexe", détaché des organes, prend une dimension quasiment métaphysique. L'écriture de Frederika Abbate semble d'ailleurs se conformer à l'expérience de Gloria, on part de détails et de descriptions sans équivoque pour aller vers une forme d'abstraction, une expérience partagée sans aucun épanchement sentimental. Les coordonnées spatio- temporelles du récit sont bien établies, pourtant elles semblent s'effacer devant l'intensité de la relation telle que vécue de l'intérieur et exprimée dans les pensées de Gloria.
Ce récit nous livre les clés d'un discours existentiel sur le désir dans ce qu'il a de subversif par rapport aux normes et aux codes sociaux. La poupée, cet artifice "ni vivant ni mort", doublure toute roussellienne d'un être en devenir, mène finalement à une création de soi.

Stéphane Rengeval


Apolline Francoeur


L’Express


Avril 2000

"Il respirait très fort, ne contrôlant plus son souffle. Maeva savait, dans une pensée douloureuse, que la respiration s'était déjà coupée du cerveau de Benjamin, qu'elle se séparait de lui inexorablement. Elle regarda sans le voir l'appareillage qui se branchait sur ses orifices." Doctoresse, Maeva pratique une très particulière imposition des mains accouplée à des thérapies délicieusement collectives. Mais quelle est cette présence meurtrière qui surprend méticuleusement les proches de Maeva? Apolline, une patiente, se met en chasse , dans ce roman érotique.

M.E.B.


Virginité


Le Cercle de Minuit


6 février 1996

Invitée de l'émission ayant pour thème : "Le Retour d'Eros" avec Jean-Jacques Pauvert, Mathias Pauvert  et Annie Le Brun.


Ecrivains


Avril-Mai 1996

Trois livres. Le Majordome publié en 1991. L'Infante, 1992. Virginité, 1996. Les deux premiers chez Belfond, le troisième à l'enseigne bienvenue de Sortilèges. Des origines italiennes, passées par Nice, des études de lettres, puis Paris et l'écriture qui efface toute biographie. Frederika Abbate est un écrivain rare, totalement engagé dans la fondation d'une oeuvre, acharné à aiguiser des phrases précises, de livre en livre insistant sur une même histoire de sexe, comme redisant (non sans écarts) un même conte érotique. Le pornographe, d'abord, en a pour son compte, dans les situations qui illustrent un bel éventail de fantasmes et dans le langage qui ne se paye pas de circonlocutions pour nommer un chat un chat. Parler ici de pornographie n'est certes pas un reproche, quoique étymologiquement le mot évoque la prostitution; l'obscénité, qui en est le sens dérivé, est bien le ressort d'une oeuvre qui "blesse délibérément la pudeur" (Petit Robert), d'une fabuleuse trilogie de la copulation. Cela ne serait pas grand chose si ce n'était que complaisance salace (et je ne suis pas sûr qu'ici la lecture émoustille). Il y a belle lurette que la transgression est édulcorée. L'important c'est que l'audace de ce qui est dit prend la forme d'un texte remarquablement maîtrisé, dense, dans lequel s'impose une écriture incisive. La littérature érotique est, le plus souvent, crue dans la faiblesse littéraire ou bien sophistiquée dans les atours baroques. Quant elle n'est pas métaphysique ou théologique, comme si le sexe n'allait pas sans Dieu ou sans philosophie. Frederika Abbate prend sa place dans le genre avec une rigueur extrême, une froideur objective, une tension de la langue qui signalent peut-être un autre âge de cette littérature, quand il n'y a plus guère de provocation (ou presque) à faire s'enfiler allègrement par divers orifices, homos ou hétérosexuels, des personnages qui ne semblent avoir aucun autre souci. Bataille, douloureusement, après la mort de Dieu, sacrait l'excès. Mandiargues narrait les délices d'une utopie de la volupté. Klossowski dresse le monument d'une formidable perversion papiste. Abbate, elle, lève froidement, avec la dignité d'un Gombrowicz, le rideau sur le spectacle de l'amour qui est désir et cruauté, aventure du corps qui n'en finit pas de jouir de lui-même. Et, donc, aventure de l'esprit qui jouit d'être un corps, et de se voir en un corps jouissant. Alice est vierge et mère. Elle engendre Benjamin Benjamin. Le domestique Aimé est l'humble servant d'un rituel amoureux. Le docteur Naussans est acteur et témoin. Blandine est la soeur de Benjamin Benjamin, la fille adoptive d'urbana, la femme de Gabin Mardoll, la mère d'Antonin. Jozef Mauvert est le premier vainqueur du tournoi d'amour. D'autres jeunes gens, d'autres jeunes filles participent au grand jeu du sexe toujours recommencé, qui est notre seule éternité, du moins jusqu'à ce que mort s'ensuive. Mais ne racontons pas. Disons que Frederika Abbate jubile, et nous avec. Elle aura bientôt ses fans, pour qui ces trois ouvrages (et d'autres?) n'en feront qu'un, le superbe livre-culte du plus pur Eros.

Gilles Plazy


L’Express/Weekend


Février 1996

Elle signe son troisième roman érotique en autant de publications et instaure à son bénéfice, avec le texte, une relation dominante/dominé
Ce livre: le changement dans la continuité?
- Je n'envisage pas la narration romanesque autrement que sous l'angle érotique. Cette optique s'allie parfaitement à l'écriture qui est scalpel pour dénuder la réalité. L'écriture érotique permet une description épurée de l'agir humain pris hors des accessoires et des contingences qui, habituellement, le masquent, l'édulcorent, l'aseptisent et le planifient. Quant au changement, il est dû à la recherche qui se poursuit, qui s'est nourrie.
Une protagoniste se prénomme Violette; vous évoquez les couleurs, les odeurs. Le lecteur visite-t-il votre jardin secret?
- Bien sûr que le lecteur visite mon jardin secret. Ecrire, c'est se dévoiler, faire apparaître ce que soi-même on ne connaissait pas encore de soi. Le roman ne dévoile pas des choses vécues et connues auparavant puisque c'est par lui que les choses sont vécues et portées au jour. Si on ne se dévoilait pas en écrivant, ce ne serait pas la peine d'écrire.

 


La Nouvelle Gazette


Février 1996

Ce roman est un tournoi d'amour: le vainqueur remporte une femme et se devra de l'aimer, en respectant la règle.
Cette règle est contrôlée par l'énigmatique Saute-Ruisseau, qui a été élu par les vaincus. Mais les vaincus le sont-ils vraiment, dans la mesure où is peuvent, à un moment donné, devenir vainqueurs?
Un roman érotique où le sexe est omniprésent, où l'amour se fait sans retenue, sans limite et sans fin. Mais au-delà de cette apparence, un roman animé par un thème secret: le langage.
Le titre du roman n'est pas si paradoxal qu'il paraît: dans l'univers de Frederika Abbate, les personnages vivent sans entraves, sans aucune culpabilité morale, sans la plus fraîche innocence.


La Tribune


Mai 1996

Frederika Abbate signe son troisième roman. Elle démontre une belle maîtrise du langage, une subtile imagination et les respect des caractéristique du genre: rituel, mise en scène, règles contraignantes mais libre choix des partenaires avec pour unique objet la domination érotique. Forte personnalité d'auteur qui entre avec aisance dans un monde clos par sa logique interne morbide. Elégance baroque d'un des grands auteurs érotiques du moment.

Aurore Bonnel


L'Infante


Du jour au lendemain


Janvier 1992

Interview par Alain Veinstein - France Culture


L’instant


Décembre 1992

A 10 ans, Blandine est initiée par son père à tous les plaisirs interdits. Le grand frère y va de sa petite contribution, de même qu'un bon docteur, éminent spécialiste des mouvements vitaux élémentaires. Douze mois plus tard, la fillette ne possède plus une once de naïveté, mais son innocence demeure grande. En même temps, cette enfant déjà revenue de tout accède au trouble métaphysique: "Qu'est-ce que la caresse si ce n'est la recherche éperdue d'un contact intégral jamais atteint? Qu'est-ce qui fait la caresse hormis ce fond même d'inexistence?"
Quiconque lirait ce récit au premier degré ne manquerait pas d'être quelque peu estomaqué par la précision, la cruauté, le caractère hautement amoral des situations. Un roman dans la droite ligne de Sade, avec des concessions très affirmées aux goûts du jour, à ce qu'il est courant d'appeler des déviances pernicieuses. Fidèle à elle-même, c'est-à-dire à l'étalage des vertus du vice qui était déjà le poinçon de son premier livre, l'auteur va plus loin - plus profond, diraient ses personnages- dans le raffinement de la provocation.

M.B.


La Quinzaine littéraire


Novembre 1992

"L'Infante s'écrit et se lit comme le déroulement de la passion, déploiement portant au grand jour le vrai visage de toute passion: L'inceste"...


Le Majordome


L’EXPRESS


Janvier 1992

Frederika Abbate dans un livre étrange et envoûtant (Le Majordome, Belfond), condamne son héros à errer à jamais autour de la virginité de son amante: "La plupart des femmes n'aiment pas les hommes, moi, si, se défend-elle. Les femmes sont généralement trop occupées à s'autocontempler. Moi, je veux que le lecteur tourne autour de la virilité de l'homme, une virilité qui se cherche face à la virginité de l'héroïne. C'est un livre à la gloire du phallus." Frederika ajoute : "Je n'aime pas le pouvoir. J'aime la puissance." C'est l'aveu majeur, émouvant et tragi-comique, de ces romans érotiques au féminin.

Jacqueline Remy


Le Journal de Ben


novembre 90

Frederika Abbate a enfin sorti son livre, Le Majordome chez Belfond. Le Pillouër dit que c'est un chef d'oeuvre. Ce que je lui reproche c'est que ce livre ne me fait pas bander ou plutôt disons qu'à chaque fois qu'un passage pourrait commencer à me faire bander le passage suivant me fait débander. Par contre c'est bien écrit, ça swingue et ça sonne bien aux oreilles. J'aimerais bien qu'on me présente un jour Alice.
Voici un passage qui me plaît:
"Toute nue, Alice marche dans l'appartement en faisant claquer très fort ses talons. Elle se rend surtout dans la cuisine pour éblouir Aimé et Célestine. Comme j'ai honte! Je me demande au nom de quoi je pourrais avoir encore un quelconque crédit auprès de mes domestiques. Ce n'est pas la nudité d'Alice qui est scandaleuse. C'est l'ostentation de ma femme à diriger sa nudité vers eux. Elle est nue à leur intention, pour eux: alors que les domestiques sont les accessoires de nos actions! Sa conduite me désespère. Horrifié, fasciné, je m'immobilise au seuil de la cuisine pour ne rien perdre de ce spectacle."
On devine l'humour de Frederika dans chaque situation on pourrait l'entendre lire ces lignes avec sa petite voix d'enfant sage et acide.
Ceci étant après lecture du livre je me demande qui est Alice est-ce Frederika elle-même? Et qui est Benjamin? est-ce moi? (je ne suis pas impuissant!)


FEMME


Octobre 1991

Des péchés, Le Majordome (Belfond) déshabillé par Frederika Abbate, les affectionne à toutes les sauces.
Cet "Aimé" est prêt à se mettre en quatre ou en soixante-neuf pour tout 5 à 7 exigé par ses employeurs. Sa faculté à combler les désirs de ses patrons est une aubaine. Ce maître queue, grand toqué de l'amour, tente d'attiser les pulsions éteintes de l'époux du couple en lui faisant découvrir les charmes de Sodome, tandis que sa femme époussette ceux de Lesbos. Une étrange ambiance, moite, vive et à vif, s'installe. Torride et sulfureux, ce livre bien écrit ne sombre jamais dans la vulgarité. L'amour est juste un cercle vicieux.

Thierry Billard

 


L’instant


Septembre 1991

Pour ses débuts en littérature, Frederika Abbate affiche des ambitions et des convictions dont on sera curieux de suivre l'évolution.

Un couple est le jouet de ses valets, singulièrement du majordome, engagé comme goûteur et dont la très particulière conscience professionnelle va faire un grand ordonnateur des pompes amoureuses. Une manière de huis clos autour du désir, de la virginité perçue comme une fatalité, de la cruauté comme une métaphore du désir.

M.B.


Voici


Août 1992

Frederika Abbate a puisé son exotisme à deux pas de l'Hexagone, à Tunis où elle est née. Mais elle a grandi à Nice, puis à sagement fait Lettres en faculté, avant de broder ce délicieux ouvrage de dame à la gloire du phallus; Le Majordome, éditions Belfond). Et pour un coup d'essai (c'est son tout premier roman) c'est un coup de maîtresse!

Caroline Babert