ROSE AU PAYS DE L’HORREUR
Une jeune Anglaise dans l’enfer des Grooming Gangs
Témoignage-fiction – Parution mai 2026
108 pages, couverture de Nicolas Le Bault, Éditions de la Reine Rouge
Rose Olroyd est une adolescente anglaise ordinaire de la classe ouvrière de Rotherham, ville moyenne du comté du Yorkshire dans le nord-est du pays. Son père est au chômage et sa mère travaille jour et nuit pour une entreprise du textile. Entre un petit frère malade et des parents dépassés, prisonnière d’un quotidien marqué par la précarité et le malheur social, Rose traîne le soir avec ses amies du quartier et rêve de devenir astronome, mais les perspectives d’avenir dans cette région sinistrée et désindustrialisée sont rares. Un soir, elle rencontre Nabeel, chauffeur de taxi pakistanais, qui se prend d’affection pour elle. Pour la première fois, quelqu’un semble s’intéresser à elle. Il lui présente son entourage et l’invite dans le restaurant familial qui lui tient lieu de refuge. C’est dans cet établissement banal que s’ouvrira pour Rose la porte des enfers.
Ce livre raconte, du point de vue d’une victime, le scandale des Grooming Gangs, qui fut sans aucun doute le plus grand crime sexuel de masse de l’histoire de l’Occident, longtemps passé sous silence. Entre la fin des années 1980 et le milieu des années 2010, des milliers de jeunes filles des classes populaires blanches ont été enlevées, séquestrées et abusées sexuellement par des gangs issus pour la plupart de la communauté pakistanaise.
L’affaire fut étouffée par les autorités britanniques des décennies durant, jusqu’en 2025, où la vérité fut enfin révélée.
Le lecteur découvrira également les causes profondes de l’invraisemblable occultation de l’horreur des Grooming Gangs par les médias et par la classe politique, et comment tant d’innocentes ont été sacrifiées pour préserver l’utopie d’une société multiculturelle.
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Extrait 1
Je me sentais mal dans mon corps quand j’avais quatorze ans. Les formes de la femme avaient commencé à se dessiner mais ne s’étaient pas encore épanouies complètement. Celles de l’enfance n’étaient pas encore totalement disparues. Je commençais à goûter au maquillage par des couleurs discrètes qui soulignaient un peu mes traits. Je me découvrais ainsi un nouveau visage, ce qui était à la fois troublant et fascinant. Je ne caracolais plus dans la rue comme j’avais tant aimé le faire, et cela me paraissait bizarre car mes jambes en fourmillaient encore un peu d’envie. Mais c’étaient les balançoires que je quittais avec le plus de regret. J’adorais monter très haut, la tête penchée vers l’arrière, j’avais alors l’impression d’atteindre le ciel. Depuis ma prime enfance, je me passionnais pour les planètes, les étoiles et les constellations. L’autre jour, comme je me balançais ainsi dans un jardin public, une vieille dame m’en fit le reproche. Couverte de honte, j’avais dû arrêter.
Le monde autour de moi cessait d’être un décor lointain, impersonnel. À partir de cet âge, j’ai pris conscience qu’ici, à Rotherham, les visages, les physiques, les attitudes des adultes ne ressemblent pas à ceux qu’on voit dans les médias. Nous n’avons pas le même accent que ceux des comtés plus prospères et de Londres. Souvent, ces gens se moquent de notre accent, qu’ils trouvent vulgaire. À Rotherham, la vie des gens est différente, et ils sont pour ainsi dire d’une autre nature.
Avec ma famille, j’habitais à Eastwood Village, l’un des quartiers les plus pauvres et les plus lugubres de Rotherham, l’une des villes les plus pauvres et les plus lugubres d’Angleterre, dans le comté du Yorkshire. Visages burinés et corps meurtris, les Anglais d’ici gardent une fierté intérieure, la dignité de ceux qui ont été écrasés et se sont relevés sur plusieurs générations. Mes parents, mes grands-parents l’avaient été aussi. La fermeture d’usines et de manufactures qui avait envoyé au chômage des milliers de gens, le mépris des autorités face à leur souffrance, les grèves, les répressions, ont laissé des cicatrices dans les esprits. Je fais partie de la chaîne des parents déclassés, humiliés et abandonnés, les gueux, les chiens sans pedigree. De pauvres chiens, oui. Et ma mère, parfois, dans la cuisine en coupant les oignons ou en lavant la vaisselle, chantonnait : « Je suis une pure Tyke du Yorkshire ». Elle répétait ce que son père avait dit avant elle, espérant peut-être qu’elle pouvait en être aussi convaincue que lui et qu’elle pourrait transmettre cela à ses enfants.
Depuis que j’étais en âge de le comprendre, je voyais mes parents subir leur sort tout en essayant de nourrir la famille et de veiller au bien-être élémentaire de leurs enfants : moi, l’aînée, Rose, âgée de quatorze ans et mon petit frère, Jimmy, âgé de six ans. Mon père, Jason Olroyd, était agent de maintenance dans l’une des dernières usines du Yorkshire. Tracy, ma mère, avait beaucoup de goût, aimait les choses jolies, délicates. Elle aurait aimé être décoratrice d’intérieur, mais elle ne l’a pas pu. Très habile de ses mains, et avec ce penchant pour la beauté, elle travaillait à domicile, fabriquant des fleurs en tissu et d’autres petits objets avec de la soie, des perles, pour une grande boutique qui la payait modérément. Ses modestes gains permettaient de compléter celui de mon père, en tant qu’agent de maintenance à l’usine. En vivant chichement, sans être dans le luxe, nous nous en tirions.
Je n’avais pas de très beaux atours ni les derniers gadgets à la mode mais, dans notre coin, c’était monnaie courante. Je tenais par-dessus tout à être propre, avoir une apparence correcte. C’était ainsi que j’avais été élevée. Le reste pour moi ne comptait pas. J’étais persuadée que les garçons ne me trouvaient pas attrayante. En tout cas, eux ne m’intéressaient pas. Ils étaient brouillons, immatures. Les filles se détournaient de moi, même celles qui avaient été mes meilleures amies, il y avait encore quelques mois. Elles avaient changé d’un coup, ne s’habillaient plus du tout comme des fillettes mais comme des jeunes filles sûres de leur charme. De toute façon, je ne pouvais plus rien partager avec elles. Elles ne s’intéressaient plus qu’aux garçons, passant du temps à faire des selfies, à se filmer en train de prendre des poses, pour se montrer sur les réseaux. Elles feignaient d’aimer le football pour leur plaire, ce que je trouvais parfaitement ridicule. Comment pouvaient-elles se renier à ce point ?
À l’école, je m’ennuyais ferme. Les cours étaient misérables. J’essayais de m’instruire autrement. J’allais à la bibliothèque pour emprunter des livres, et comme nous n’avions ni ordinateur ni internet à la maison, je consultais aussi des sites car j’avais droit à une heure hebdomadaire gratuite. Mon sujet de prédilection était l’astronomie évidemment. Mais de fil en aiguille, d’autres sujets m’attiraient et je faisais de belles découvertes. Je me rendais compte que mon esprit établissait des ponts entre divers éléments, ce qui donnait plus d’assise à mes fantaisies.
Mais je ne pouvais parler à personne de mes pensées, de mes sources d’intérêt car ceux de mon âge se seraient moqués et les adultes n’avaient pas de temps à perdre, trop absorbés à s’épuiser pour notre survie.
Extrait 2
En Angleterre, les services sociaux, la police, la justice ont fermé les yeux pendant des dizaines d’années sur de vastes réseaux pédophiles d’hommes d’origine pakistanaise s’exerçant sur des fillettes et des adolescentes issues des classes populaires en situation sociale et financière pauvre et précaire. Pratiquement toutes les victimes étaient anglaises. Bien que des adolescentes soient allées en parler à des assistantes sociales et à la police, aucune de leurs plaintes n’a été prise en compte et ce, pendant de longues, très longues années. Hormis quelques exceptions, comme l’inspectrice de police Maggie Oliver, l’assistante sociale et lanceuse d’alerte Jayne Senior, Andrew Norfolk, journaliste au Times, aucun service d’État n’a levé le petit doigt pour faire ce que leur travail normalement exigeait et, en outre, ils ont accusé ces très jeunes adolescentes de mentir, de se droguer, de se prostituer volontairement. Le mépris et la relégation officiels venaient s’ajouter aux martyrs qu’elles subissaient de la part de leurs agresseurs pédophiles, les viols répétés, les orgies, la prostitution, les sévices, les coups, les tortures, les meurtres. Combien de petites filles ont subi ces violences ignominieuses ? On ne le saura peut-être jamais. Et c’est une victoire de plus pour les criminels pédophiles pakistanais.
Il est clair que la pédophilie existe dans tous les pays, toutes les ethnies, au sein des familles, des élites. Certains réseaux très importants ne sont pas accusés parce qu’ils mettent en cause des personnes haut placées qui sont surprotégées.
Mon propos ici se polarise sur ce point particulier : les services d’État, la police, les travailleurs sociaux ont protégé ces criminels alors qu’ils savaient. Ils ont accusé les fillettes et les adolescentes, ont longtemps fermé les yeux sur les crimes. Il a fallu le travail acharné et obstiné de certaines personnes valeureuses, bravant les accusations diverses et les interdits qui pleuvaient sur elles pour qu’on commence enfin à lever le voile sur ces affaires criminelles. Certains procès ont eu lieu, les peines encourues ne sont pas à la hauteur des crimes. Ceci est maintenant assez bien documenté par certains canaux, encore à la marge. Longtemps, les dénonciations qui avaient été faites furent durement étouffées. Quelle est la raison qui a permis aux réseaux de pédophiles pakistanais de rester à l’abri pendant des décennies en Angleterre ? Et peut-être dans une certaine mesure le sont-ils encore ? Quand on a demandé aux fonctionnaires et aux policiers pourquoi ils n’avaient rien fait pour arrêter ce massacre, tous ont répondu : « Parce qu’on avait peur de se faire traiter de racistes. »